L’Arbre des Possibles
Ce tableau est une œuvre à la fois subtile et un récit discret et puissant, où le moringa s’élève comme un témoin silencieux de ce qui compte vraiment. Ses branches entrelacées ne racontent pas seulement une résistance face au vent ; elles scellent une promesse de liens, d’amitiés et de collaborations qui donnent à la vie une matière solide et lumineuse. Sur fond de mosaïque, chaque fragment s’accorde avec les autres, comme les expériences qui, prises individuellement, peuvent sembler éparses, mais ensemble forment une vie entière, riche et cohérente.
Le dépouillement des feuilles et des fruits n’est pas une
absence, mais une mise au repos fertile : une période d’écoute, d’introspection
et de réorientation qui prépare la suite. C’est le moment où l’artiste, fidèle
à elle-même, transforme le silence en intention et l’intention en œuvre. Ainsi,
le tableau devient une carte intime : les couleurs et les formes ne décorent
pas seulement l’espace, elles racontent des choix, des hésitations, des essais
et des victoires minuscules mais essentielles.
L’ensemble dégage une énergie douce mais tenace : celle
d’une vie qui ne cherche pas à prouver sa valeur par des titres ou des rôles,
mais à se construire, dans le présent, un lieu où les ressources intérieures
peuvent s’épanouir et rayonner. C’est une célébration de l’autonomie, de la
curiosité et de la capacité humaine à trouver du sens dans le réseau des
regards partagés, des projets qui émergent et des gestes qui, ensemble, tissent
une existence digne et heureuse.
Le moringa se dresse, solitaire et robuste, comme une figure
qui a décidé d’apprendre à parler à son propre silence. Ses branches, tissées
en un réseau délicat, évoquent une vie qui ne suit pas les chemins linéaires
tracés par les règles du temps. Elles s’élèvent, se croisent, se soutiennent
les unes les autres, offrant à chaque nœud une promesse de résistance. On sent
que l’artiste a cherché à comprendre comment rester debout lorsque le vent
souffle fort, comment trouver du soutien dans les échanges invisibles qui se
nouent entre amis, dans les regards partagés, dans les projets qui naissent de
collaborations discrètes mais tenaces.
L’absence de feuilles et de fruits n’apparaît pas comme une
perte, mais comme l’indice d’un rythme intérieur. C’est le moment où l’énergie
se concentre, où les possibles ne se déploient pas encore en dehors, mais se
préparent en dedans. On peut lire dans ce dépouillement une période de
réflexion, une phase où les impulsions se réorientent, où l’artiste écoute ce
que son propre cœur demande avant que l’idée ne se transforme en œuvre visible.
Peut-être y a-t-il des doutes qui murmurent à mi-voix, des questions qui
tournent en rond jusqu’à trouver une tournure juste, une voix qui saura dire
sans crier ce qui compte vraiment.
Le fond, mosaïque de couleurs et de formes, ressemble à une
vie entière vue comme un collage : fragments de rencontres, gestes qui se
répètent, instants d’attention capturés et réinterprétés. Chaque pièce peut
sembler insignifiante prise isolément, mais ensemble, elles dessinent un
paysage intime où se mêlent curiosité, patience, et une ardente quête de sens.
On peut sentir que l’artiste a appris à aimer la variété des expériences : une
couleur qui surprend, une texture qui résonne, une ombre qui offre du relief.
Ce qui lie le tout, c’est une énergie discrète, une
insistance à porter une attention à ce qui peut être fait ici et maintenant
pour tisser autour de soi un refuge vivant : un réseau de personnes avec qui
partager des gestes simples, des projets qui donnent forme à une stabilité
inhabituelle, des moments de création qui transforment l’ordinaire en quelque
chose de lumineux. L’arbre ne se bat pas contre le vide : il l’explore, le
comprend, le réinvente en chaleur et en lumière.
On ressort de ce tableau avec l’impression d’avoir assisté à
une réinvention douce de soi. Pas une fuite devant le monde, mais une manière
personnelle et consciente de se constituer un espace où les ressources internes
deviennent visibles dans la matière même de l’image : branches qui
s’entrelacent pour tenir ; dépouillement qui prépare la suite ; couleurs qui
racontent des choix, des essais, des accords trouvés après des hésitations.
En rendant hommage à ce tableau, on honore aussi la démarche
de son autrice : une voix qui voit, écoute et réinvente le monde avec
délicatesse, courage et une rare sensibilité.
Mustapha STAMBOULI, critique passionné
Commentaires
Enregistrer un commentaire