Lettre ouverte au Présent de la République Objet : création d’un ministère dédié à l’Intelligence artificielle
Tunis, le 24/11/2025
Lettre
ouverte au Président de la République
Objet :
création d’un ministère dédié à l’Intelligence artificielle.
Monsieur le
Président,
Face à
l’essor rapide de l’intelligence artificielle et à son impact significatif sur
notre société, il est impératif de prendre des mesures concrètes. Nous
proposons la création d’un ministère exclusivement dédié à l’Intelligence
Artificielle, tout en conservant un ministère de la Technologie axé sur la
transformation numérique et la supervision des entreprises publiques opérant
dans le secteur technologique.
Pourquoi
cette proposition est-elle nécessaire ?
- Coordination stratégique et
cohérence des politiques publiques : un ministère dédié permettrait
d’articuler les axes d’innovation, d’éducation, de santé, de sécurité et
de protection sociale autour d’une vision unique, évitant les duplications
et les frictions entre ministères.
- Leadership national sur l’innovation
: placer l’IA au cœur des politiques publiques soutiendrait la
compétitivité économique, stimulant l’investissement privé, la formation
des talents et l’adoption responsable des technologies émergentes.
- Régulation éthique et
responsabilité sociale : un cadre clair et stable est indispensable pour
protéger les droits fondamentaux (vie privée, transparence, sécurité) tout
en encadrant les usages potentiellement nocifs (biais algorithmiques,
automatisation destructive, surveillance excessive).
Exemples et
leçons tirées de l’expérience internationale
- Royaume-Uni – Centre national de
l’IA et cadre éthique : le Royaume-Uni a déployé des initiatives publiques
coordonnées par des organismes dédiés qui réunissent recherche,
réglementation, données et compétences numériques, avec un accent sur
l’éthique et la transparence. Un ministère ou une autorité centrale peut
faciliter la normalisation des pratiques et la coopération entre secteurs
public et privé.
- Canada – Stratégie nationale et
conseil fédéral sur l’IA : le Canada a misé sur une approche holistique
associant recherche, éducation et cadres réglementaires, tout en
protégeant les données personnelles. La dimension fédérale et provinciale
nécessite une coordination claire via une instance centrale pour éviter
les zones grises et garantir l’accès équitable à l’innovation.
- Chine – Plan d’intégration et
supervision sectorielle : l’État a piloté un cadre global pour l’IA
couvrant production, déploiement industriel et sécurité nationale, tout en
insistant sur le respect des objectifs de souveraineté numérique et de
sécurité. Cette approche montre l’importance d’un cadre opérationnel fort,
même dans des systèmes étatiques différents, pour éviter les retards et
les risques systémiques.
- États-Unis – Coordination
interagences et initiatives privés-public : malgré l’absence d’un seul
ministère dédié, les agences fédérales et les partenariats avec
l’industrie et le milieu universitaire démontrent qu’un dispositif
centralisé peut accélérer l’adoption responsable de l’IA, à condition
d’établir des règles claires sur l’éthique, la sécurité et la protection
des données.
- Union européenne –
Réglementation et gouvernance européenne : l’UE met en place des cadres
harmonisés sur l’IA et les données (par exemple, exigences de
transparence, traçabilité des modèles, début de mécanismes de
supervision). Une approche nationale renforcée par une coordination
européenne peut maximiser les bénéfices tout en protégeant les droits des
citoyens.
Qu’apporterait
concrètement un ministère dédié à l’IA et à la Numérisation ?
- Stratégie nationale et feuille
de route des investissements : définition d’objectifs mesurables
(formation, recherche, infrastructures, adoption numérique dans les
services publics, industrie et allocation efficiente des fonds publics et
des incitations privées.
- Cadre réglementaire clair et évolutif
: règles de protection des données, transparence des algorithmes,
responsabilisation des prestataires, évaluation d’impact social et
environnemental, et mécanismes de recours pour les citoyens.
- Excellence en recherche et formation
: financement de laboratoires pluridisciplinaires, programmes de formation
continue pour les travailleurs, partenariats
universités-industrie-pouvoirs publics pour accélérer l’innovation utile
et éthique.
- Gouvernance et éthique opérationnalisée
: comités d’éthique dédiés à l’IA, audits d’algorithmes, mécanismes de
reddition de comptes et de traçabilité des décisions automatisées dans les
services publics et les secteurs sensibles.
- Inclusion et inclusion numérique
: programmes ciblés pour les populations vulnérables, réduction de la
fracture numérique, soutien à l’accès équitable à l’IA (ex. petites et
moyennes entreprises, régions moins connectées).
- Sécurité, résilience et souveraineté
: stratégie de cybersécurité, sauvegarde de la chaîne d’approvisionnement
en données et en composants critiques, et plans de continuité en cas de
défaillance systémique.
Axes
d’action prioritaires
- Développement de compétences et reconversion
: mettre en œuvre des cursus adaptés dès le secondaire et des programmes
de reconversion professionnelle pour les métiers affectés par
l’automatisation.
- Gouvernance des données et infrastructure
: cadres d’accès, portails de données publiques, normatives sur
l’interopérabilité et la qualité des données pour faciliter la recherche
et le développement.
- Transitions industrielles responsables
: soutiens à l’adoption de l’IA dans les PME, accompagnement des secteurs
stratégiques (santé, énergie, transport, agriculture) tout en veillant à
la durabilité et à l’inclusion.
- Santé et bien-être : IA au
service du diagnostic, du suivi des patients et de l’efficacité des
systèmes de santé, avec une surveillance éthique et une protection des
données sensibles.
- Services publics améliorés :
modernisation des administrations, dématérisation, et usages responsables
de l’IA pour une meilleure accessibilité et qualité des services.
Conclusion
Monsieur le Président, la création d’un ministère dédié à l’Intelligence
Artificielle serait un levier stratégique pour maintenir notre pays à la pointe
de la révolution technologique tout en protégeant les intérêts de nos citoyens.
Cela permettrait d’assurer une cohérence des politiques, d’anticiper les
mutations sociales et économiques, et de faire de notre pays un modèle
d’innovation responsable et inclusive. Monsieur le Président, il est temps de
prendre les devants pour bâtir un avenir numérique inclusif et durable.
Mustapha STAMBOULI, Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite et ancien Expert auprès des
agences des Nations Unies
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