Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l'Équipement et de l'Habitat de la République Tunisienne
La Tunisie, dans son élan vers la modernisation, consacre des budgets importants à la construction de nouvelles infrastructures. Cependant, cette stratégie présente un risque majeur : la négligence croissante de l'entretien du réseau routier existant. Dans cette lettre ouverte au Ministre de l'Équipement, nous interpellons les autorités sur l'urgence de réévaluer cette politique, en prenant exemple sur des pays comme le Maroc qui ont su allier développement et préservation. Il est plus que jamais nécessaire d'adopter une approche équilibrée et durable pour assurer la pérennité de notre patrimoine routier et éviter des coûts faramineux à long terme. La Tunisie peut-elle se permettre de négliger son héritage d'infrastructures pour des projets spectaculaires mais coûteux ?
Objet : Mise en garde contre les conséquences à long terme de la politique actuelle d'investissement routier et l'impératif de préservation du patrimoine existant
Monsieur le
Ministre,
Je me
permets de vous adresser cette lettre pour partager une réflexion concernant
les orientations stratégiques de votre ministère, particulièrement en ce qui
concerne le réseau routier tunisien. Tout en saluant l’effort louable de
modernisation et de développement des infrastructures, il me semble important
de souligner une question qui, à long terme, pourrait avoir des conséquences
néfastes pour notre patrimoine routier : l'entretien et la préservation du
réseau existant.
La politique
actuelle, qui semble privilégier l'expansion au détriment de la maintenance
préventive, est certes porteuse de nouvelles infrastructures, mais elle risque
de négliger l'entretien nécessaire du réseau routier classé, qui représente un
acquis fondamental pour notre pays. Cette approche pourrait avoir des
répercussions considérables sur l’efficacité des investissements à long terme
et entraîner des coûts considérables.
L'exemple
marocain : une gestion plus équilibrée
Nos voisins,
notamment le Maroc, ont adopté une approche différente en matière d’entretien
routier. En allouant près de 46% de leur budget routier à l’entretien
préventif, le Royaume a réussi à maintenir 80% de son réseau en bon état tout
en favorisant des investissements durables. Cette stratégie proactive a non
seulement assuré la pérennité des infrastructures mais a aussi permis de
réaliser des économies substantielles, car l’entretien préventif est bien moins
coûteux que la réhabilitation d’infrastructures négligées.
Les
risques pour la Tunisie
En Tunisie,
la stratégie actuelle, qui privilégie les projets de nouvelles infrastructures,
semble entraîner un sous-financement de l’entretien courant. Cette tendance, si
elle persiste, entraînera des conséquences économiques graves :
1.
Explosion des coûts de réparation : Le coût d'une
réhabilitation lourde après une dégradation avancée est estimé entre quatre et
dix fois supérieur à celui d’un entretien préventif.
2.
Perte d'efficacité économique : Des infrastructures
dégradées entraînent une hausse des coûts d'exploitation pour les citoyens et
les entreprises, notamment en carburant et en réparations de véhicules, ce qui
nuit à la compétitivité du pays.
3.
Compromission de la sécurité : La détérioration des
routes augmente le risque d'accidents, compromettant ainsi la sécurité des
usagers.
Un appel
à réévaluer la stratégie
Monsieur le
Ministre, il me semble essentiel de réévaluer cette politique d’investissement
pour adopter une approche plus équilibrée. Une gestion responsable des finances
publiques exige qu'une part significative du budget soit allouée à l'entretien
préventif du réseau routier existant. Ce choix serait non seulement
économiquement plus rationnel mais aussi bénéfique à long terme pour la
compétitivité du pays.
Je vous
exhorte à prendre en compte ces considérations et à réfléchir à une stratégie
qui assure la pérennité de notre réseau tout en poursuivant les investissements
nécessaires au développement du pays. Il en va de la durabilité de nos
infrastructures et de l'efficacité de notre économie.
Je vous prie
d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Fait à
Tunis, le 17 novembre 2025.
Mustapha STAMBOULI, Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite et ancien Expert auprès des
agences des Nations Unies
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