Verdict dans l’affaire du « complot contre la sûreté de l’État » : Quand sécurité et dignité humaine s’entrechoquent
Le 28 novembre 2025, la Cour d’appel de Tunis a rendu son verdict tant attendu dans l'affaire du « complot contre la sûreté de l'État », une affaire qui a défrayé la chronique et cristallisé l'attention du public. Les peines, allant de 5 à 45 ans de prison, les acquittements inattendus et les sanctions économiques posent un défi de taille : celui d'équilibrer les impératifs de sécurité nationale avec le respect des droits fondamentaux. Au-delà des chiffres, ce sont des vies humaines qui se voient redessinées par cette décision, dans une société qui cherche à maintenir son équilibre entre fermeté et humanité. Comme l’a dit un "citoyen engagé" : « La justice est la promesse que l’humanité se fait à elle-même, même lorsque l’ombre du danger plane. »
Introduction : Les chiffres d'un
jugement complexe
Après de longs mois d'enquête et de
procédures judiciaires, la chambre criminelle spécialisée en matière de
terrorisme a prononcé des condamnations lourdes, reflet de la gravité des actes
reprochés. Mais plus que des chiffres, ce sont les trajectoires humaines qui se
jouent. Parmi les prévenus, certains étaient déjà incarcérés au moment du
verdict, d’autres avaient été libérés sous conditions pendant l'instruction,
tandis que plusieurs accusés sont toujours en fuite, échappant à la justice.
Au-delà des peines de prison, le
verdict comprend des amendes substantielles et la confiscation de biens
appartenant aux accusés, déposés dans différentes institutions financières
tunisiennes. Ces mesures soulignent l'importance croissante de l'élément économique
dans la lutte contre les menaces à la sûreté nationale.
Développement : Une justice à
plusieurs visages
Les verdicts d’appel, qu'ils soient
sévères ou plus cléments, dessinent une image contrastée des enjeux
sécuritaires en Tunisie.
Condamnations : L’urgence
sécuritaire prime
Les accusés maintenus en détention
ont écopé des peines les plus lourdes, variant de 10 à 45 ans de prison,
assorties parfois de peines d'exécution immédiate. Ces décisions sont le fruit
d’une urgence sécuritaire perçue par la Cour, face à des actes jugés
particulièrement graves. Toutefois, cela soulève la question de la
proportionnalité des peines et des garanties procédurales. Les peines de prison
sont-elles vraiment adaptées à chaque situation ? Les conditions de détention
respectent-elles les standards de dignité humaine ?
Pour les prévenus libérés sous
caution pendant l’instruction, les peines varient de 5 à 35 ans, illustrant la
diversité des faits et des preuves qui ont été présentées lors des débats.
Cette différenciation des peines montre à quel point chaque situation
judiciaire est unique, mais aussi le défi que représente l’équilibre entre
justice et sécurité.
Non-lieu et acquittements : Des
failles dans l'accusation
La justice n’a pas hésité à
prononcer des acquittements dans cette affaire. Un accusé a bénéficié d’un
non-lieu, et deux autres ont été totalement acquittés, soulignant les failles
dans l’accusation, notamment l'insuffisance des preuves pour certains chefs
d’inculpation. Ces décisions mettent en lumière l’importance du principe de
présomption d'innocence et de la nécessité d’un procès équitable, où la
culpabilité doit être prouvée au-delà de tout doute raisonnable.
Le défi des accusés en fuite : Une
traque complexe
En ce qui concerne les accusés
toujours recherchés, la Cour a confirmé les peines initiales, pouvant aller
jusqu’à 33 ans de prison, ajustant certaines peines à 43 ans. Cette situation
soulève des questions importantes sur l'efficacité de la traque judiciaire
moderne, en particulier dans un contexte international marqué par la mobilité
des criminels. Elle met aussi en lumière la nécessité de renforcer la
coopération internationale dans les affaires de sécurité.
Analyse : La tension entre sécurité
collective et garanties individuelles
Ce verdict expose une tension
fondamentale, non seulement pour la Tunisie, mais aussi pour l’ensemble des
sociétés modernes : celle entre la sécurité collective, exigence légitime de
tout État, et les garanties individuelles, socle de l'État de droit. Comment
une société peut-elle garantir la sécurité de ses citoyens tout en préservant
les droits humains des accusés ? La proportionnalité des peines, le droit à un
procès équitable, ainsi que le respect des droits de la défense sont des
principes essentiels à ne jamais négliger.
Le cadre juridique tunisien, tout
comme celui d'autres nations confrontées au terrorisme, tente de maintenir un
équilibre délicat. La question se pose : à quel prix la sécurité nationale
peut-elle être préservée sans risquer de sacrifier l'humanité de la justice ?
C’est cet équilibre fragile qui conditionne la confiance du peuple dans l'État
de droit et dans la justice.
Expériences internationales et
propositions d'alternatives humaines
Face à la lourdeur des peines, des
alternatives à l'incarcération se dessinent comme une piste intéressante à
explorer. Des exemples venus d’Europe et d'Amérique du Nord montrent que des
alternatives à l'emprisonnement, telles que la surveillance électronique ou les
programmes de réinsertion, peuvent constituer des solutions efficaces, tout en
maintenant un dispositif dissuasif.
En particulier, le Royaume-Uni et la
France ont développé des programmes de déradicalisation, permettant aux
prisonniers d’entamer un processus de réhabilitation tout en restant sous
surveillance. De même, certains pays d’Amérique latine et d’Afrique expérimentent
des pratiques de justice restaurative ou des accords de surveillance, lorsque
les risques pour la sécurité publique le permettent.
En Tunisie, il serait pertinent
d’ouvrir ce débat et de proposer des alternatives humaines pour les prévenus
dont le profil permet une évaluation du risque. La substitution de la peine
d'emprisonnement par une surveillance électronique, tout en maintenant la
culpabilité du prévenu, pourrait être une option intéressante.
Une proposition pour le débat
tunisien
Dans ce contexte, il est proposé
d'introduire la surveillance électronique comme alternative à l'incarcération,
dans des cas spécifiques, lorsque le profil du prévenu le permet. Cette
alternative présenterait plusieurs avantages :
- Elle permettrait de maintenir la sécurité
publique tout en réduisant les coûts sociaux et humains de l'incarcération
;
- Elle favoriserait la réinsertion des
individus en permettant un suivi rapproché de leur comportement ;
- Elle offrirait une approche plus nuancée
de la justice, respectueuse de la dignité humaine.
Cependant, il est impératif de
mettre en place des garde-fous stricts : une évaluation indépendante du risque,
des calendriers clairs pour la surveillance, et des droits procéduraux
renforcés seraient nécessaires pour garantir le respect des droits de l'accusé
tout en protégeant la société.
Conclusion : Au-delà de la punition,
la réhabilitation
La décision de la Cour d'appel de
Tunis nous renvoie à une réalité complexe : la nécessité de protéger la société
tout en ouvrant des perspectives de réhabilitation. La justice ne doit pas
seulement être punitive, elle doit également être rétributive, réparatrice et
réintégratrice.
En définitive, la question centrale
n’est pas simplement celle de la punition, mais de la manière dont la justice
peut concilier sécurité et dignité humaine, fermeté et compassion. Comme l'a
dit un citoyen : « La réinsertion n’est pas une faiblesse de la sécurité, mais
la condition d’une sécurité durable. »
Mustapha STAMBOULI, Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite et ancien Expert auprès des
agences des Nations Unies
Bravo si Moustapha pour cet article. Il est très intéressant vue, il pose une vraie prproblématique sur les d'incarcération et il propose quelque solutions pour que ces verdicts soient en même temps punitifs mais aussi humains.
RépondreSupprimerMerci beaucoup cher ami pour vos encouragements ! Je suis ravi que l'article vous ait intéressé. La problématique de l'incarcération est en effet complexe et mérite d'être discutée en profondeur. Il est crucial de trouver un équilibre entre la justice punitive et le respect de la dignité humaine. J'espère que les solutions proposées pourront contribuer à une réflexion plus large sur ce sujet.
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