Tunisie 2026 : Le défi de la « Grande Vitesse » ou le miroir du pouvoir présidentiel
Le 24 décembre 2025, lors d'un entretien au Palais de Carthage avec la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri, le président Kaïs Saïed a sonné la fin de la période de grâce. Fort de ce qu'il qualifie d'appui populaire renouvelé lors des manifestations du 17 décembre, le chef de l'État a donné l'ordre à l'exécutif de passer à la « grande vitesse ». Mais derrière cette injonction, une question structurelle demeure : le gouvernement est-il le seul responsable de la lenteur constatée ?
Le gouvernement au pied du mur
L’ordre présidentiel est limpide :
les services publics doivent s'améliorer, les grands projets sortir de terre et
le chômage reculer. En demandant d'accélérer, Kaïs Saïed pose un diagnostic
sévère sur l'année écoulée. Malgré une réélection confortable en octobre 2024,
les résultats socio-économiques peinent à suivre la volonté politique exprimée
par les discours.
Le gouvernement Zenzri se retrouve
aujourd'hui dans une position délicate. Il doit non seulement corriger les «
défaillances administratives » dénoncées par le Palais, mais aussi prouver
qu’il peut être l’instrument efficace de la vision présidentielle. Pour le
citoyen tunisien, l'heure n'est plus à la patience, mais à la concrétisation
des promesses de dignité.
L’impossible dissociation : Un
destin lié
Dans le cadre de la Constitution de
2022, la séparation des responsabilités est devenue une illusion d'optique. Le
régime actuel, en supprimant les intermédiaires politiques et en réduisant le
gouvernement à une fonction d'exécution, a lié indéfectiblement le sort du
président à celui de ses ministres.
Si le gouvernement échoue à
appliquer les consignes de « vitesse supérieure », cet échec ne pourra plus
être imputé à une opposition parlementaire ou à des complots administratifs
éternels. Dans un système où le président définit seul les orientations et
nomme chaque membre de l'exécutif, l'inefficacité du bras devient, par
extension, l'impuissance de la tête.
2026 : L’année du verdict
Le passage à la « grande vitesse »
est donc autant un ordre qu'un pari. En plaçant l'action gouvernementale sous
le signe de l'urgence absolue, Kaïs Saïed transforme l'année 2026 en un test
grandeur nature pour son modèle de gouvernance :
- Sur le plan économique : L'accélération des recrutements et
le déblocage des fonds pour les caisses sociales sont attendus comme des
signaux forts.
- Sur le plan politique : Le président doit prouver que sa
méthode de commandement direct peut produire plus de résultats que le
parlementarisme qu'il a supprimé.
Conclusion
Le « plébiscite » du 17 décembre a
donné au président le capital symbolique nécessaire pour exiger plus de son
équipe. Toutefois, en politique, la vitesse n'est rien sans une direction
claire et des moyens adéquats. Si le gouvernement ne parvient pas à transformer
l'essai en 2026, c'est l'ensemble de l'édifice constitutionnel de la « Nouvelle
Tunisie » qui pourrait faire face à une crise de résultats.
Car en dernière instance, dans un
régime où un seul homme décide, l'échec de l'exécutif n'est pas une péripétie
administrative : c'est l'échec d'une vision.
Mustapha STAMBOULI,
Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite
Ancien Expert auprès des agences des Nations Unies
Tunis, le 26 décembre 2025
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