L’Empire du Chaos : Le « Conseil de la Paix » de Trump ou la fin de l’Histoire multilatérale
Tunis, le 22 janvier 2026
« La politique, fille de la
diplomatie et de l’escroquerie courtoise. » Ambrose Bierce
Sous le ciel de cristal de Davos, en ce jeudi 22 janvier 2026, l’air semble s’être raréfié. Ce n'est pas l'altitude, mais le souffle de l'histoire qui tourne une page sanglante. Donald Trump, de retour au sommet de la puissance mondiale, vient de porter l’estocade finale à l’ordre hérité de 1945. En lançant son « Conseil de la Paix » (Board of Peace), le 47e président américain ne propose pas une alternative à l’ONU : il instaure une structure de pouvoir transactionnelle où la sécurité est un abonnement et la souveraineté, une option révocable.
Le Hold-up de Davos : La Paix comme
« Software as a Service »
Le monde n'est plus régi par des
principes, mais par des protocoles. La charte de huit pages distribuées aux
délégations médusées est sans ambiguïté. Trump s’y proclame « Premier Président
Exécutif » de cette instance, doté de pouvoirs discrétionnaires totaux.
Plus inquiétant encore, le texte
prévoit l’utilisation de « MAGA-Mind », une IA de surveillance globale
développée en collaboration avec les géants de la Silicon Valley. Cet
algorithme est chargé de noter en temps réel la « loyauté » des nations
membres. Comme le note l’historienne Chloé Maurel, le mot « démocratie » est absent
du texte. Il ne s’agit plus de consensus, mais d’allégeance algorithmique.
Trump ne cherche pas des alliés, mais des clients captifs.
Le Racket des Nations : Le ticket
d'entrée à un milliard
L’aspect le plus cynique de cette «
Pax Trumpiana » réside dans son modèle économique, inspiré des clubs privés de
Mar-a-Lago :
- Le Ticket d’Entrée : Un milliard de
dollars pour les « petites » nations souhaitant bénéficier du parapluie de
sécurité américain.
- La Redevance de Souveraineté : Pour
les puissances moyennes, une cotisation annuelle indexée sur le PIB.
- L’Option « Protection Totale » : Un
supplément permettant d’éviter les tarifs douaniers punitifs de 200 %, une
arme de coercition massive déjà brandie contre la France et l’Allemagne.
Si le Canada a réagi avec une ironie
cinglante face à ce « racket diplomatique », des dirigeants comme Viktor
Orbán ou Javier Milei ont immédiatement souscrit, actant la mort
clinique de l'ère onusienne. Les pétrodollars du Golfe, eux, ont déjà réservé
leurs sièges au Conseil d’Administration de cette nouvelle firme globale.
La Fracture Mondiale : Entre
Vassalité et Nouveaux Blocs
En marginalisant le Conseil de
sécurité de l’ONU, Trump force le monde à une polarisation brutale :
- L’Europe à la croisée des chemins : Emmanuel
Macron, face à la menace de taxes dévastatrices sur le luxe et
l'automobile, tente de maintenir une « autonomie stratégique » qui
ressemble de plus en plus à un siège médiéval.
- Le Sacrifice Ukrainien : Volodymyr
Zelensky se voit imposer une « médiation » où Vladimir Poutine est
l’invité d’honneur. Le projet ? Redéfinir les zones d’influence sur un
coin de nappe, au mépris total de l’intégrité territoriale.
- Le Contre-Empire Numérique : Pékin
n'est pas resté spectateur. Face à cette « agression impérialiste directe
», la Chine accélère le déploiement de son propre système de sécurité basé
sur le yuan numérique et la reconnaissance faciale généralisée, menaçant
de couper la planète en deux cyber-empires irréconciliables.
L’Appel des années 2030 : Contre
l’Empire du Chaos
Face à ce péril, la réponse ne peut
être un simple retour à la nostalgie de l’ONU de 1945. Il faut opposer à ce «
Conseil de la Paix » une architecture de Paix Durable adaptée aux
défis technologiques et climatiques :
- Inclusivité Radicale : Sortir du
droit de veto des puissances atomiques pour une représentation réelle des
nations vulnérables face aux crises climatiques.
- Gouvernance Algorithmique Éthique : Utiliser
l'IA pour la transparence des flux financiers et la prévention des
conflits, plutôt que pour la traque des opposants.
- Sanctuarisation des Biens Publics : L’eau,
la santé et l’air ne peuvent être des variables d’ajustement dans un
contrat commercial global.
Conclusion : L’heure du basculement
Ce qui se joue à Davos n’est pas une
simple réorganisation diplomatique ; c’est l’émergence d’un monde où une seule
famille peut décider du sort des frontières entre deux tweets. Si l’Assemblée
générale de l’ONU ne se réunit pas en urgence absolue pour déclarer ce «
Conseil de la Paix » illégal, nous basculerons définitivement dans l'ère
du Président-Propriétaire.
Paradoxalement, ce projet de «
stabilité » pourrait être l’accélérateur ultime du chaos au XXIe siècle. Comme
le rappelait Will Durant : « La civilisation commence par l’ordre,
grandit par la liberté et meurt par le chaos. » En 2026, à Davos,
l’ordre a choisi son camp : celui du profit. Reste à savoir si la liberté
trouvera encore un chemin entre les algorithmes de Trump et les ambitions de
ses clients.
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