Tunisie 2026 : Le pari risqué de la Banque Centrale entre relance et financement de l’État
L'année 2026 sera véritablement un laboratoire pour la Tunisie. Si cette injection de 11 milliards de dinars réussit à stabiliser le budget sans relancer l'inflation, cela pourrait redéfinir la doctrine monétaire du pays. En revanche, si la monnaie s'affaiblit, le défi de la Banque Centrale sera de savoir quand "fermer le robinet" sans étouffer la croissance balbutiante.
Au 2 janvier 2026, la Tunisie
s’engage dans une voie économique étroite. Alors que la Banque Centrale de
Tunisie (BCT) vient d’amorcer un assouplissement monétaire historique, elle
doit simultanément assumer le rôle de financier direct d’un budget 2026 marqué
par un déficit persistant. Entre espoir de croissance et spectre
inflationniste, l'incertitude plane.
Le virage de la détente monétaire
Le 30 décembre 2025, le Conseil
d'administration de la BCT a pris une décision forte : abaisser le taux
directeur de 50 points de base, le portant à 7 % dès le 7
janvier 2026. Cet assouplissement, le premier depuis une longue période de
restriction, vise à encourager l'investissement privé et à alléger le coût du
crédit pour les ménages et les entreprises.
Cette mesure s'appuie sur une
inflation qui semble enfin contenue, avec un objectif gouvernemental de 5,3
% pour l'année 2026. Cependant, ce signal d'optimisme est
contrebalancé par une réalité budgétaire beaucoup plus sombre.
L’État sous perfusion : Les 11
milliards de la discorde
Le projet de loi de finances (PLF)
pour 2026 prévoit un budget de 79,6 milliards de dinars, en hausse
de près de 4 %. Pour combler le déficit de financement, la BCT a été autorisée
à accorder un prêt exceptionnel de 11 milliards de dinars (11
000 millions) directement au Trésor public.
Ce prêt se distingue par des
conditions particulièrement favorables :
- Remboursement sur 15 ans, dont 3 ans de grâce.
- Absence d'intérêts, ce qui constitue une injection massive
de liquidités sans coût direct pour l'État.
L'incertitude monétaire : Un
équilibre fragile
Si ce financement direct permet de
garantir le paiement des salaires et le fonctionnement des services publics, il
génère une profonde incertitude chez les économistes. Plusieurs risques majeurs
émergent :
- La pression inflationniste : Injecter 11 milliards de dinars dans
l'économie sans contrepartie de production immédiate risque de créer un
surplus de monnaie, alimentant mécaniquement la hausse des prix et
contrecarrant les efforts de désinflation de la BCT.
- L'indépendance de la Banque Centrale : Ce recours répété au financement
direct soulève des questions sur l'autonomie de l'institution monétaire
face aux besoins urgents du pouvoir exécutif.
- Le décalage des marchés : Comme observé fin 2025, le TMM
(7,49 %) pourrait rester élevé si les banques commerciales
perçoivent ce financement massif comme un risque pour la stabilité de la
monnaie, limitant ainsi l'impact réel de la baisse du taux directeur.
Conclusion
L'année 2026 sera celle du test pour
la Tunisie. La réussite de cette stratégie repose sur une coordination parfaite
: la baisse du taux directeur doit stimuler l'investissement productif assez
rapidement pour que la croissance compense l'effet inflationniste de la
création monétaire destinée à l'État. Dans le cas contraire, le pays pourrait
se retrouver piégé dans un cycle de monétisation de la dette difficile à
interrompre.
Mustapha STAMBOULI, 02/01/2026
Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite et Ancien Expert auprès des agences des Nations Unies
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