ÉDITORIAL : Le sable s'échappe, le béton reste : le suicide côtier de la Tunisie

  

ÉDITORIAL : Le sable s'échappe, le béton reste : le suicide côtier de la Tunisie

La Tunisie, perle de la Méditerranée, voit son littoral disparaître sous le poids de l’indifférence et de la mauvaise gestion. Alors que les priorités économiques accaparent les débats, un désastre silencieux se joue sur nos côtes, menaçant non seulement nos paysages, mais aussi notre identité et notre avenir.

Il est des silences qui ressemblent à des trahisons. Alors que les Tunisiens scrutent l’horizon en quête de solutions économiques, une partie vitale de notre identité et de notre patrimoine national est en train de s’effondrer sous nos yeux : nos plages. Si rien n’est fait, la Tunisie de 2026 s'apprête à vivre le "syndrome de Malte" : un littoral transformé en une muraille de béton stérile, où la mer ne vient plus caresser le sable, mais buter contre des digues de la honte.

Monsieur le Président, l'heure n'est plus aux constats de surface. L’érosion de nos côtes n’est pas qu’une fatalité climatique ; elle est le résultat d’un crime de planification. Pendant des décennies, l’État a laissé faire, ou pire, a orchestré le dépeçage de notre domaine public maritime. Nous avons sacrifié nos dunes sur l’autel d’un tourisme de masse obsolète et d’une spéculation immobilière vorace.

Le mal est profond car il vient de la racine : une formation technique déconnectée du réel. Nos ingénieurs et nos architectes, souvent brillants dans l’exécution, sont tragiquement mal préparés aux défis de la dynamique sédimentaire. On continue de construire des brise-lames en béton comme on pose des pansements sur des fractures ouvertes. Ces structures, pensées par une élite insuffisamment formée aux enjeux du "recul stratégique", ne font que déplacer le problème chez le voisin, accélérant la disparition irrémédiable de notre sable.

Il faut que le peuple comprenne : perdre une plage, ce n’est pas seulement perdre un lieu de baignade. C’est perdre un rempart naturel contre la montée des eaux, c’est condamner nos villes côtières à l’inondation, c’est détruire l’économie de la mer.

Monsieur le Président, la souveraineté d'un pays commence par la protection de son sol, et ce sol s'arrête au rivage. Nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir une vision fragmentée du territoire. Il est urgent de :

  1. Décréter un moratoire sur toute nouvelle construction à moins de 300 mètres du domaine maritime.
  2. Refondre radicalement les cursus des écoles d'ingénieurs et d'architecture pour y intégrer l'océanographie et la résilience climatique.
  3. Sanctionner la complicité des administrations qui délivrent des permis de bâtir sur des zones de danger imminent.

Si nous continuons sur cette trajectoire d'incompétence et d'impuissance, les générations futures ne connaîtront la mer qu'à travers des balustrades en fer forgé, regardant avec nostalgie là où, autrefois, il y avait de la vie. La mer, elle, n’attendra pas que nous soyons prêts. Il est temps d’agir, avant qu’il ne soit trop tard.

Mustapha STAMBOULI

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