Le Pain partagé… ou l’équilibre à inventer
En améliorant la qualité du pain subventionné sans en augmenter le prix, la Tunisie fait un choix fort en faveur de la santé publique. Mais derrière cette avancée se pose une question essentielle : celle de l’équité. Car nourrir mieux ne suffit pas, encore faut-il nourrir juste.
Un pain plus riche, un retour à l’essentiel
En avril 2026, la Tunisie engage une réforme discrète mais
décisive : le taux d’extraction de la farine passe de 78 % à 85 %.
Ce changement signifie une chose simple : conserver davantage
du grain de blé, notamment son enveloppe, riche en nutriments.
Le pain devient ainsi naturellement plus riche en fibres, en
magnésium et en vitamines B, un atout précieux pour la digestion, l’énergie et
la prévention de certaines maladies comme le diabète.
Manger moins, mais mieux
Plus dense et plus nutritif, ce nouveau pain rassasie plus
rapidement et plus durablement.
Il favorise une consommation plus équilibrée et redonne au
pain sa place originelle : non plus un simple accompagnement, mais un aliment
central, nourrissant et structurant.
Un progrès sans coût… mais pas sans question
La qualité augmente, mais le prix reste fixé autour de 0,20
dinar.
Une décision forte, qui vise à garantir une alimentation
saine accessible à tous.
Cependant, une réalité mérite d’être posée clairement :
aujourd’hui, les ménages les plus aisés consomment souvent une baguette non
subventionnée, vendue autour de 1 dinar. Avec cette réforme, ils pourraient
naturellement se tourner vers un pain devenu à la fois meilleur… et bien moins
cher.
Un paradoxe apparaît alors :
une politique pensée pour soutenir les plus modestes risques aussi de
bénéficier largement aux plus favorisés.
Ce constat n’affaiblit pas la réforme, il l’enrichit.
Il appelle à une réflexion complémentaire pour garantir que cet effort
collectif serve d’abord ceux qui en ont le plus besoin.
Une voie
déjà éprouvée
La Tunisie s’inscrit dans une logique déjà adoptée ailleurs.
En Égypte, le pain à extraction élevée constitue depuis
longtemps la base de l’alimentation quotidienne.
En Europe, le retour à des farines moins raffinées a souvent
accompagné les politiques de lutte contre les carences nutritionnelles.
Ce qui change dans votre quotidien
- Une
mie plus ambrée : signe d’une richesse accrue en minéraux
- Une
meilleure conservation : moins de gaspillage
- Un
goût plus authentique : plus proche du blé, plus vrai
Un geste pour la souveraineté
En valorisant mieux chaque grain de blé, la Tunisie optimise
ses ressources et réduit sa dépendance aux importations.
Ce pain devient ainsi un symbole discret mais réel de
souveraineté alimentaire.
Conclusion
Le pain de 2026 incarne une ambition : mieux nourrir sans
exclure.
Mais il rappelle aussi une exigence :
toute avancée sociale doit chercher son juste équilibre.
"Le pain nourrit le corps… mais l’équité nourrit
la nation."
Mustapha STAMBOULI
"Le pain nourrit le corps… mais l’équité nourrit la nation." Tout est quintessencié dans cet élégant aphorisme.
RépondreSupprimer