De la Prudence à l’Attentisme : Les Non-Dits du Nouveau Pacte BCT-Banques
"L’indépendance de la Banque Centrale n’est
pas un privilège institutionnel, c’est la garantie ultime que le pouvoir
d’achat des citoyens ne sera pas sacrifié sur l'autel des urgences
politiques."
La BCT : Un gardien sous haute pression
Il convient de saluer la rigueur de l'institut d'émission.
Depuis des années, la BCT accomplit sa mission avec une précision chirurgicale,
évitant au pays les dérives hyperinflationnistes que d'autres nations de la
région ont connues. Jamais mise en défaut sur ses choix techniques,
l'institution se retrouve aujourd'hui dans une position délicate : elle doit
répondre aux attentes pressantes d'un exécutif en quête de croissance, tout en
refusant de céder à la facilité de la planche à billets qui ruinerait le citoyen.
La stratégie de la « patate chaude »
C’est précisément ce respect des fondamentaux qui pousse la
BCT à cette manœuvre de délégation. Ne pouvant, et ne voulant, pas dénaturer sa
politique monétaire pour financer directement un État au moteur
d'investissement grippé, le Gouverneur se tourne vers les banques commerciales.
En les sommant de passer de la « résilience à la croissance », la BCT déplace
le curseur de la responsabilité : elle fait son « boulot » de régulateur en
ouvrant des chantiers, mais laisse au secteur privé la charge de gérer un risque
que l'État n'a plus les moyens de couvrir.
Le paradoxe de l'injonction contradictoire
Le discours officiel se heurte à une contradiction
fondamentale imposée par la réalité économique. D’un côté, la BCT exige le
respect strict des normes prudentielles pour garantir la stabilité financière.
De l’autre, sous la pression de la demande politique, elle appelle à un «
engagement » massif vers les PME. Or, sans fonds de garantie publics crédibles,
l’État étant lui-même exsangue, forcer le crédit reviendrait à demander aux
banques d'ignorer les règles de prudence que la BCT elle-même leur impose.
Un groupe de travail condamné au « rapport vide »
?
Dans ce contexte, le rapport attendu sous 30 jours risque de
n'être qu'une formalité administrative. Les banques commerciales, en agents
rationnels, adopteront une stratégie d'inertie prudente. Elles signeront des
engagements de principe, mais tant que les titres de l'État resteront plus sûrs
que le financement d'une économie réelle en manque de visibilité, elles «
traîneront les pieds ». Ce n'est pas un manque de patriotisme, mais une gestion
froide de la survie financière.
Conclusion : La limite de la technique face au
politique
La BCT ne fait aucune faute ; elle épuise simplement les
leviers techniques à sa disposition pour protéger la monnaie nationale. Mais
l'investissement ne se décrète pas par circulaire. Il nécessite un climat que
seule une stratégie politique cohérente peut instaurer. Sans cela, le groupe de
travail ne sera qu'un paravent protégeant l'institution de pressions politiques
de plus en plus lourdes.
"Le banquier peut prêter
de l'argent, mais il ne peut pas prêter la confiance ; celle-ci naît de la
vision de l'État, pas de la réglementation du régulateur."
Mustapha STAMBOULI
Mustapha Stambouli a réussi le tour de force de faire comprendre à l'analphabète économique que je suis l'impossible équation monétariste à laquelle fait face le pays. La banque centrale veut faire passer la patate chaude ( l'urgence des investissements aux profit des PME particulièrement) aux banques commerciales, lesquelles ne manquent certainement pas de patriotisme, mais traineront les pieds par "survie financière". Théoriquement, personne n'est dans l'erreur. mais, pratiquement, la Tunisie se trouvera face une nouvelle quadrature de cercle. Ni la première, ni sans doute, la dernière.
RépondreSupprimerMerci pour ce commentaire pertinent et exhaustif. Je maintiens que toute tentative de forcer les banques à prendre des risques excessifs sera vaine. Nos institutions financières, plus expérimentées, ne se laisseront plus piéger. Je suis convaincu que cette manœuvre pour contourner les directives de la BCT échouera.
Supprimer