Sauvegarde du cheptel ovin en Tunisie : Urgence nationale face au déclin d’un pilier de notre souveraineté

 « Si nous continuons à sacrifier nos femelles reproductrices pour éponger nos dettes immédiates, ce n'est pas seulement le prix du mouton qui va exploser, c'est l'avenir même de l'élevage tunisien que nous enterrons. »  Cri d'alarme d'un représentant régional des éleveurs de l'UTAP.

Alors que le prix moyen d'un ovin de sacrifice franchit des sommets inédits, le cheptel national tunisien subit une érosion dramatique. Entre stress hydrique chronique et flambée des coûts des fourrages importés, la filière appelle à une refonte historique. Pour préserver notre souveraineté alimentaire, la Tunisie doit urgemment adopter une stratégie moderne de traçabilité et de régulation, fortement inspirée des initiatives de résilience appliquées avec succès chez nos voisins maghrébins.

Autrefois fierté de nos campagnes et pilier de la sécurité alimentaire des ménages, l’élevage ovin tunisien traverse la crise la plus grave de son histoire moderne. En vingt ans, le pays est passé d’un cheptel florissant de près de 7 millions de têtes à un cheptel exsangue frôlant à peine les 6,5 millions. Lors des fêtes de l’Aïd, la baisse se fait cruellement sentir : le volume des sacrifices est tombé sous la barre des 850 000 têtes. Ce n'est plus un manque de ferveur, c'est une impossibilité économique.

Un cercle vicieux qui sacrifie l'avenir

La cause immédiate est connue de tous : un stress hydrique chronique qui prive nos bêtes de pâturages naturels, forçant les éleveurs à dépendre entièrement d'aliments concentrés importés à prix d'or. Acculés par les dettes et les circuits de spéculation (les Gachara), de nombreux petits exploitants commettent l'irréparable en vendant leurs agnelles et leurs brebis reproductrices aux abattoirs. En agissant ainsi, c'est la capacité même de renouvellement naturel de notre cheptel que nous hypothéquons.

Pourtant, la Tunisie dispose d'un trésor de résilience : la race Barbarine. Introduite par les Phéniciens, sa queue grasse lui confère une tolérance unique à la sécheresse. Mais boudée par les bouchers urbains et délaissée par manque de soutien aux bergers, elle cède du terrain, tout comme la race laitière Sicilo-Sarde de Béjà, aujourd'hui menacée d'extinction.

L’exemple algérien : Une feuille de route pour la Tunisie

Pour inverser cette tendance, l'État tunisien doit basculer d'une politique de gestion de crise à court terme vers une véritable stratégie souveraine à l'horizon 2030. Nos voisins algériens, confrontés aux mêmes défis climatiques sur leurs hauts plateaux, tracent une voie dont nous devrions nous inspirer :

  1. Créer une autorité dédiée aux terres de parcours : À l’image du HCDS algérien, la Tunisie doit sanctuariser ses steppes du Centre et du Sud par des mises en défens strictes et la plantation massive d'arbustes fourragers comme le cactus inerme, peu gourmand en eau.
  2. Imposer la traçabilité numérique (Puces RFID) : L'identification électronique obligatoire de chaque ovin est le seul moyen de cartographier notre cheptel, de stopper la contrebande transfrontalière et de s'assurer que les subventions d'orge profitent exclusivement aux vrais éleveurs, et non aux spéculateurs.
  3. Protéger le noyau reproducteur national : Il est urgent de taxer lourdement ou d'interdire temporairement l'abattage des femelles saines. L'Office de l’Élevage et des Pâturages (OEP) doit être massivement soutenu pour distribuer des béliers améliorés aux éleveurs.
  4. Valoriser les ressources locales : Brisons la dépendance au maïs et au soja importés en valorisant les sous-produits de nos industries phares, comme les grignons d'olive et la pulpe de tomate, transformés en blocs nutritionnels à bas coût.

Une volonté politique avant qu'il ne soit trop tard

Sauver le mouton tunisien n'est pas seulement une question de tradition religieuse ou de gastronomie ; c’est une question de survie rurale. Derrière chaque bête, il y a des familles de bergers qui abandonnent leurs terres pour grossir les ceintures de pauvreté des grandes villes.

Le récent lancement de l'Office national des fourrages est un premier pas, mais il reste insuffisant sans une refonte globale de la filière. L'État doit reprendre les commandes de la chaîne de valeur, numériser le secteur et financer directement les coopératives d'éleveurs. La souveraineté alimentaire de la Tunisie est à ce prix.

« Nous ne parlons plus d'un simple ajustement des marchés. Sans une intervention structurelle immédiate de l’État d’ici 2030, la viande rouge locale deviendra un lointain souvenir, réservé à une élite. La souveraineté ne s'importe pas, elle s'élève au cœur de nos campagnes. »

"Extrait du manifeste pour la sécurité alimentaire et hydrique du Ministère de l'Agriculture."

Mustapha STAMBOULI

 

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