Pourquoi l’amnésie du 1er juin menace notre avenir
Ignorer le 1er juin, ce n’est pas seulement commettre un
oubli chronologique ; c’est amputer l’histoire tunisienne d’un de ses piliers
les plus fondamentaux. Cette date clé marque le triomphe de la lutte pour
l’indépendance et la consécration de l’unité du peuple tunisien. Du Nord au
Sud, de l’Est à l’Ouest, les citoyens se sont alors unis autour de Habib
Bourguiba et de ses compagnons de cellule. Une question s’impose aujourd’hui
avec force : pourquoi notre mémoire collective tourne-t-elle le dos à cette réussite
sans équivalent ?
Le symbole d'une dignité retrouvée
Oublier cette étape cruciale fragilise directement le socle
de notre identité nationale. Le 1er juin 1955 ne résume pas au simple retour
d’un leader politique en exil. Cette journée symbolise le réveil d'une nation
entière qui réclame sa dignité et sa souveraineté.
Ce jour-là, des centaines de milliers de Tunisiens ont envahi
les rues. Leur démarche dépassait l'acclamation d'un homme seul : ils
célébraient la fin de la tutelle coloniale et l’aube d’une ère nouvelle. En
débarquant au port de La Goulette, Bourguiba portait les aspirations de tout un
peuple. Une population qui avait payé le prix fort à travers les déportations,
les emprisonnements et les exils, mais qui n'avait jamais plié.
Une insulte à la mémoire des résistants
Minimiser la portée du 1er juin offense gravement la mémoire
de ceux qui ont combattu, parfois bien avant l’avènement du Néo-Destour. C’est
oublier le sacrifice des fellagas dans les montagnes, l'engagement des
syndicalistes dans les usines, le courage des étudiants dans les universités et
la résilience des femmes au cœur des foyers. Tous ont rendu ce moment possible.
À une époque où certains tentent de réécrire le roman
national ou d’occulter des pans entiers de notre passé, la vigilance est un
devoir. Reconnaître ces étapes fondatrices n'est pas un élan de nostalgie
passive. C’est un acte de lucidité. Nous devons accepter notre statut
d’héritiers d’un combat qui nous dépasse, commencé bien avant nous et qui se
poursuivra après nous.
Regarder le passé pour construire demain
Faire mémoire du 1er juin ne revient pas à figer notre regard
sur le rétroviseur de l'histoire. C’est tout l’inverse : c’est consolider les
fondations nécessaires pour bâtir l’avenir, sans complexes ni reniements. Un
peuple qui oublie ses racines perd sa trajectoire. Face aux défis du présent,
souvenons-nous d'où nous venons pour savoir enfin où nous allons.
Mustapha STAMBOULI, 02/06/2026
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