LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE TUNISIENNE Objet : Pour une réforme de justice sociale garantissant un revenu digne à tous les ménages tunisiens âgés
La Tunisie traverse une période décisive de son histoire
économique et sociale. Face aux défis multiples auxquels notre pays est
confronté, la question de la protection des personnes âgées constitue un enjeu
majeur qui appelle une réflexion nationale approfondie et une décision
politique courageuse.
La manière dont une nation accompagne ses aînés révèle
profondément les valeurs de solidarité, de justice et de dignité qui fondent
son modèle de société. Après une vie consacrée au travail, à l'éducation des
générations futures et à la construction du pays, aucun citoyen âgé ne devrait
être condamné à vivre dans la précarité.
Or, le constat actuel met en évidence des déséquilibres
importants dans la répartition des revenus des ménages âgés.
D'un côté, une minorité de bénéficiaires issus principalement
de certains secteurs privilégiés de la fonction publique, du pouvoir législatif
ou d'organismes bénéficiant de régimes spécifiques, peuvent percevoir des
revenus cumulés très élevés résultant de la superposition de plusieurs
pensions, pensions de réversion ou avantages particuliers.
De l'autre côté, une large partie des retraités tunisiens vit
avec des revenus très faibles, souvent insuffisants pour faire face aux charges
quotidiennes, aux dépenses de santé et à l'augmentation continue du coût de la
vie.
Enfin, une catégorie particulièrement vulnérable demeure
largement en dehors du système contributif : les personnes âgées n'ayant jamais
bénéficié d'une couverture retraite, notamment certaines femmes au foyer,
travailleurs du secteur informel, petits agriculteurs ou travailleurs
occasionnels. Leur contribution sociale, familiale et économique, bien que
réelle, n'a pas été reconnue par un système de protection adapté.
Cette situation soulève une question fondamentale : comment
garantir une répartition plus équitable des revenus de la vieillesse,
permettant à chaque ménage âgé de vivre dans la dignité tout en préservant
l'équilibre financier de nos institutions sociales ?
Monsieur le Président,
Dans un esprit de justice sociale et de solidarité nationale,
je me permets de soumettre à votre haute attention trois orientations de
réforme.
1. Instaurer un plafond raisonnable pour les
cumuls de pensions
Il apparaît nécessaire d'encadrer les situations de cumul
excessif de pensions et d'avantages liés à la retraite.
À titre indicatif, un plafond correspondant à dix fois le
SMIG mensuel pour un ménage pourrait constituer une référence permettant de
préserver des revenus confortables tout en évitant des écarts disproportionnés
avec la majorité des retraités.
Cette mesure concernerait une catégorie très limitée de
bénéficiaires, mais elle porterait un message fort d'équité : la solidarité
nationale doit protéger les plus fragiles sans favoriser des situations
manifestement excessives.
2. Garantir un revenu minimum digne aux ménages
âgés
Aucun ménage âgé ne devrait être contraint de vivre sous un
seuil incompatible avec les exigences de la dignité humaine.
À titre de référence, un objectif progressif pourrait être
fixé autour d'un niveau équivalent à quatre fois le SMIG pour un couple de
retraités, avec des mécanismes d'adaptation tenant compte de la composition des
foyers et des réalités économiques.
Cette orientation permettrait une revalorisation
significative des petites pensions et une réduction durable des inégalités
parmi nos aînés.
3. Reconnaître le droit à une protection minimale
pour les personnes âgées sans pension
Les citoyens âgés n'ayant jamais cotisé ne doivent pas être
considérés comme inexistants aux yeux de la solidarité nationale.
L'attribution d'une allocation forfaitaire de référence
pouvant atteindre l'équivalent d'un SMIG mensuel constituerait un signal majeur
de reconnaissance envers celles et ceux qui ont contribué autrement à la
société : par le travail familial, l'économie informelle, l'agriculture ou les
activités non déclarées.
Monsieur le Président,
Les chiffres et les modalités évoqués dans cette lettre sont
communiqués à titre indicatif. Ils constituent un cadre de référence destiné à
illustrer l'ampleur des déséquilibres actuels et à ouvrir une réflexion
nationale sur les voies possibles d'une réforme juste et équilibrée.
Les paramètres définitifs : seuils, mécanismes d'application, financement
et calendrier de mise en œuvre, devront naturellement faire l'objet d'une étude
approfondie associant les institutions compétentes, les experts, les
partenaires sociaux et les représentants de la société civile.
Le financement d'une telle réforme pourrait notamment
s'appuyer sur plusieurs leviers complémentaires :
- l'encadrement
des cumuls manifestement excessifs ;
- une
contribution accrue de solidarité nationale selon les capacités
contributives ;
- une
meilleure orientation des ressources publiques vers les objectifs sociaux
prioritaires ;
- la
lutte contre le travail non déclaré qui prive les caisses sociales de
ressources légitimes.
Monsieur le Président,
La Tunisie a aujourd'hui l'opportunité de bâtir un nouveau
pacte de solidarité entre les générations.
Un pacte qui affirme à nos aînés qu'ils représentent non pas
une charge, mais une mémoire vivante de la nation.
Un pacte qui redonne confiance aux générations actives en
leur garantissant que leurs contributions d'aujourd'hui permettront demain une
protection équitable.
Un pacte qui confirme que notre République demeure fidèle à
une valeur fondamentale : la dignité humaine pour tous ses citoyens.
L'histoire retiendra les décisions qui auront permis de
renforcer la cohésion sociale et de restaurer la confiance dans nos
institutions.
Osons engager cette réflexion. Osons construire une Tunisie
plus juste et plus solidaire.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République,
l'expression de mon profond respect et de ma détermination citoyenne.
Mustapha STAMBOULI
Monastir, le 14/07/2026
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