L'habit ne fait pas le champion – nationalité et souveraineté sportive
Car il faut bien le reconnaître : dans les deux cas, le rôle
dépasse la seule expertise. Un sélectionneur national n'est pas un consultant
que l'on engage pour optimiser un processus de production. Il est l'homme qui,
sur la scène internationale, incarne la nation tout entière. Le drapeau cousu
sur son blazer, l'hymne qu'il écoute debout, les couleurs qu'il porte ne sont
pas des accessoires — ce sont des symboles vivants. Chaque victoire est une
célébration collective ; chaque défaite, une blessure nationale. Comment, dès
lors, dissocier la fonction de celui qui l'exerce de son appartenance à la
communauté qu'il représente ?
La quête de performance, avancée comme argument cardinal par
les partisans d'une ouverture sans limite, peut certes justifier le recours à
des compétences internationales. La mondialisation du sport, la circulation des
talents et des méthodes, la spécialisation toujours plus poussée des tactiques
et des préparations physiques, tout
plaide, en apparence, pour un recrutement sans frontières. On cherche le
meilleur, où qu'il se trouve. C'est un argument pragmatique, rationnel, presque
imparable.
Mais il se heurte presque toujours à l'impératif de
légitimité culturelle, cette force plus souterraine mais non moins puissante.
Un étranger, aussi compétent soit-il, peut-il saisir les subtilités d'une
histoire sportive nationale ? Peut-il comprendre ce que représente ce match
contre le voisin historique, ce que pèse telle défaite vieille de trente ans,
ce que signifie ce geste, ce cri, cette manière si particulière de célébrer ?
Un sélectionneur national, tout comme un dirigeant politique, doit non seulement
maîtriser sa discipline, les schémas tactiques, la gestion d'effectif, la
communication de crise, mais aussi
incarner l'âme et les aspirations du peuple qu'il représente.
C'est là que le bât blesse. Car si l'expertise s'importe,
l'incarnation ne se décrète pas. On peut apprendre une langue, on peut même
adopter un pays d'adoption avec sincérité. Mais incarner une nation, c'est en
porter l'histoire dans ses blessures et ses gloires, c'en parler avec les mots
de ceux qui l'ont vécue de l'intérieur. Un technicien étranger reste, malgré
tout, un technicien. Les siens, parfois, ne lui pardonneront jamais de n'être
pas des leurs.
La nationalité de l'entraîneur devient alors un enjeu qui
transcende le cadre strictement professionnel. Elle interroge notre rapport à
la souveraineté à une époque où celle-ci semble s'éroder sous les coups de la
mondialisation. Elle nous force à arbitrer entre deux conceptions de
l'excellence : celle, universelle, du savoir-faire, et celle, particulière, de
l'appartenance.
Aucune réponse définitive ne s'impose. Chaque nation, chaque
fédération, chaque sport trouve son équilibre propre entre ces deux pôles. Mais
cesser d'en débattre, sous prétexte que seul le résultat compte, serait une
erreur. Car en confiant le destin de notre équipe nationale à un étranger, nous
ne faisons pas seulement un choix sportif. Nous faisons un choix sur ce que
nous sommes, et sur ce que nous voulons être.
Mustapha STAMBOULI, 04/07/2026
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