Ce que je pense du rôle du chef de gouvernement : Le Chef de gouvernement "Animal Politique" face au Président Stratège
Chapô
Face aux urgences économiques d'une Tunisie en quête de stabilité, la tentation de la pure technocratie est forte mais illusoire. Redresser le pays exige une dyade exécutive complémentaire : un Chef de gouvernement « animal politique », maître du dialogue social et de la pédagogie de terrain, opérant sous l'égide d'un Président de la République garant du temps long et de la vision stratégique. Voyage au cœur d'un équilibre institutionnel indispensable.
Introduction
La gouvernance d'une nation en transition ne se réduit pas à
des équations budgétaires ou à des exigences comptables. Si l'économie fournit
la feuille de route, seule la politique possède le moteur nécessaire pour faire
avancer la structure sans la briser. En Tunisie, le pouvoir exécutif doit
relever le défi de réformes structurelles majeures — qu'il s'agisse de la
refonte des subventions, de la restructuration des entreprises publiques ou de
la fiscalité — tout en préservant une paix sociale fragile. Pour y parvenir,
l'exécutif doit s'articuler autour d'une alliance stratégique claire entre le
Président de la République et son Chef de gouvernement, transformant la
confrontation potentielle en une complémentarité motrice.
1. Le Chef de gouvernement « Animal Politique » :
Le Maître de l'Exécution
Le Chef de gouvernement n'est pas un simple gestionnaire de
décrets. En tant qu'animal politique de terrain, il est le bouclier et le
traducteur des réformes :
- L'art
de la négociation : Il sait s'asseoir à la table des
partenaires sociaux historiques (UGTT, UTICA) pour coconstruire des
consensus et transformer les réformes rigides en compromis dynamiques.
- Le
sens du timing : Il capte le pouls de la rue
tunisienne, sachant exactement quand accélérer une mesure ou quand
temporiser pour éviter la rupture sociale.
- Les
contreparties intelligentes : Il conçoit les filets
de sécurité et les compensations budgétaires indispensables pour rendre la
justice sociale visible et les efforts acceptables.
2. Le rôle spécifique du Président : Le Garant du
Cap et du Temps Long
Face à un Chef de gouvernement absorbé par le front des
négociations quotidiennes et le pragmatisme électoral, le Président de la
République joue un rôle pivot de stabilisation et de hauteur :
- La
protection du cap stratégique : Le Président est
l'ancre de la vision à long terme (10 à 20 ans). Il protège le Chef de
gouvernement contre la tentation de trop édulcorer les réformes pour
plaire à court terme. Il rappelle la destination finale quand la tempête
des compromis fait tanguer le navire.
- La
légitimité suprême comme arbitrage : En Tunisie, le
Président incarne l'unité nationale. Lorsque les négociations du Chef de
gouvernement s'enlisent ou bloquent face aux syndicats, le Président
intervient comme arbitre suprême, utilisant son poids institutionnel pour
débloquer les crises majeures.
- Le
paratonnerre de la souveraineté : Le Président assure
la cohérence entre la stratégie économique interne et la diplomatie
financière internationale. Il valide les grands arbitrages éthiques,
s'assurant que l'effort national respecte la dignité souveraine du pays.
Conclusion
Le redressement de la Tunisie ne dépend pas d'un homme
providentiel ou d'une recette miracle, mais de l'harmonie de ce tandem. Le Chef
de gouvernement "animal politique" a besoin de la hauteur du
Président pour ne pas dériver dans la gestion à courte vue ; le Président a
besoin de la souplesse et du courage relationnel du Chef de gouvernement pour
que sa vision ne reste pas une utopie lointaine. C'est à ce prix, entre fermeté
du cap et finesse de l'exécution, que le navire tunisien pourra naviguer
efficacement à contre-courant.
Mustapha STAMBOULI, 18/09/2026

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