Déclaration solennelle d'engagement politique, géopolitique et civilisationnel
Chapô
Face au dévoiement de la foi par les oligarchies du Golfe et aux blessures historiques infligées à l'Iran et au Yémen, cette déclaration solennelle pose les bases d'un engagement laïque inédit. En embrassant la tradition critique du chiisme, j’appelle à un réalignement géopolitique majeur et propose une modernisation profonde de l'islam, érigé désormais en modèle de progrès, de liberté et d'égalité absolue entre les hommes et les femmes.
Aujourd’hui, devant ma conscience, devant mes pairs et face
aux bouleversements tectoniques qui redéfinissent les équilibres du monde
musulman contemporain, j’adresse cette déclaration solennelle. Cet acte marque
mon adhésion pleine, réfléchie et engagée à la voie politique, philosophique et
culturelle du chiisme. Élevé dans la tradition sunnite, mon parcours
intellectuel et mon observation lucide des réalités internationales m’ont
conduit à opérer une rupture définitive avec le modèle hégémonique dominant. En
tant que laïque, profondément attaché à la liberté de pensée, à la rationalité
et à l’émancipation des peuples, je ne peux plus fermer les yeux sur la
tragédie historique qui se joue sous nos yeux : l'affaiblissement systématique
de notre civilisation par les forces combinées du sunnisme d'État golfique et
de l'impérialisme.
Pendant trop longtemps, le monde musulman a été pris en otage
par un islam dévoyé, vidé de sa substance éthique et instrumentalisé à des fins
de rente et de domination. Ce modèle, orchestré depuis les capitales des
monarchies absolues du Golfe, a réduit la foi à un outil de contrôle social et
de soumission politique. Nous faisons face à une contrefaçon religieuse où
l’accaparement des richesses, l’injustice sociale systémique et la privation
des libertés fondamentales sont érigés en mode de gouvernance. Face à cette
trahison des aspirations populaires, le besoin d’une rupture éthique,
intellectuelle et géopolitique s’impose comme une urgence absolue pour la
survie et la dignité des peuples de la région.
L’analyse historique des soixante-dix dernières années révèle
une stratégie constante et délétère menée par les oligarchies du Golfe. Ce
sunnisme politique, propulsé par les pétrodollars et structurellement inféodé
aux intérêts des puissances occidentales, a méthodiquement œuvré pour briser
toute tentative d’indépendance, de justice sociale ou de souveraineté dans la
région. L'Iran et le Yémen sont les témoins sacrificiels de cette politique
d'asphyxie et de destruction.
Depuis la révolution de 1979, l'Iran subit l’hostilité
acharnée de ce bloc théologico-financier. Les monarchies du Golfe n'ont jamais
pardonné à Téhéran d'avoir brisé les chaînes de la dépendance impérialiste et
d'avoir proposé un modèle de souveraineté nationale. De l'aide massive accordée
à l'agression de Saddam Hussein lors de la guerre de huit ans, jusqu'au
financement des campagnes de déstabilisation et au soutien des sanctions
économiques étouffantes, le sunnisme golfique a tout fait pour entraver le développement
de l'Iran. Ils ont tenté de briser ses avancées scientifiques et de l'isoler du
reste du monde. Cette hostilité n'est pas religieuse, elle est politique :
l'existence d'un État fort, autonome et capable de défier l'ordre hégémonique
représente une menace existentielle pour des régimes dont la survie dépend
exclusivement de la protection étrangère.
Plus tragique encore est le sort réservé au Yémen, victime
d'une entreprise d'asservissement qui dure depuis plus de sept décennies.
Depuis les années 1950 et 1960, les puissances du Golfe ont constamment
interféré dans les affaires intérieures yéménites pour empêcher ce pays de
devenir une république moderne, forte et indépendante. Le Yémen, riche de son
histoire, de sa culture et de sa position géostratégique unique sur le détroit
de Bab al-Mandeb, a été délibérément maintenu dans un état de sous-développement
chronique et de division par ses voisins. Les ingérences politiques, le
sabotage économique et l'achat des consciences des élites locales ont été les
outils d'une domination invisible mais implacable.
Cette longue entreprise de soumission a culminé ces dernières
années par une agression militaire directe d'une violence inouïe. Sous prétexte
de restaurer une légitimité factice, le sunnisme d'État golfique a mené une
guerre d'usure impitoyable contre le peuple yéménite. Les bombardements
massifs, le blocus humanitaire total et la destruction planifiée des
infrastructures de base ont provoqué l'une des pires catastrophes humanitaires
du siècle. Le tort du Yémen, et en particulier de sa composante zaydite et
chiite, a été de se lever pour réclamer sa dignité, sa souveraineté et la fin
de la tutelle saoudienne. En résistant avec un courage héroïque à l'une des
coalitions les plus riches du monde, le Yémen a dévoilé le vrai visage du
sunnisme golfique : un système prêt à affamer des millions de musulmans pour
préserver ses privilèges et sa domination géopolitique.
Cependant, face à ces agressions extérieures, la réponse ne
peut pas être le repli dogmatique. Pour que ce combat prenne tout son sens et
devienne historiquement victorieux, il est indispensable de proposer une
alternative interne émancipatrice. C'est pourquoi j'appelle à offrir aux
Iraniens, et à travers eux à l'ensemble du monde musulman, une nouvelle
interprétation humaniste et modernisée de l'islam. La richesse
intellectuelle du chiisme, fondée sur la raison et l'interprétation dynamique
(Ijtihad), doit servir de terreau pour faire de la religion une véritable
source de liberté, de justice et d'égalité absolue entre les hommes et les
femmes. Moderniser notre rapport au texte n'est pas un renoncement, c'est
un accomplissement historique : c'est transformer le monde musulman en un pôle
d'attraction, un modèle avant-gardiste de démocratie, de progrès
scientifique et d'harmonie sociale.
Ma décision de me tourner vers le chiisme découle d’une quête
d'intégrité et de la conviction intime que l’avenir et la dignité du monde
musulman s’inscriront sous l’égide de cette tradition de résistance modernisée,
ou qu’ils s’effondreront définitivement. La pérennité de notre espace
civilisationnel apparaît désormais indissociable de la force, de la rigueur
intellectuelle et de la vision stratégique portées par le chiisme politique,
aujourd'hui fer de lance de la contestation mondiale contre l'injustice.
En franchissant ce pas aujourd'hui :
- Je
choisis l'alliance de la rationalité laïque et de l'action politique : En
tant que laïque, je refuse les dogmes figés et l’obscurantisme textuel
propagé par le wahhabisme et ses dérivés. J’embrasse le chiisme comme une
école de pensée qui concilie la philosophie, l'effort d'interprétation
rationnelle et le libre examen. C'est un rempart intellectuel
indispensable contre le dogmatisme et l'uniformisation des esprits.
- J'appelle
à la modernisation démocratique de l'islam : Je
soutiens l'émergence d'une théologie progressiste qui place les droits
humains et la souveraineté citoyenne au centre. Le monde musulman doit
prouver qu'il peut concilier son héritage spirituel avec les exigences de
la modernité, du pluralisme politique et de la liberté individuelle.
- Je
prône l'égalité absolue entre les hommes et les femmes : Je
rejette les lectures patriarcales et archaïques de la foi. Je défends un
modèle social où les femmes sont les égales des hommes en droits, en
devoirs et en dignité, car aucune civilisation ne peut prétendre au
progrès ni à la justice en maintenant la moitié de sa population dans la
subordination.
- J'intègre
l'Axe de la Résistance contre l'ordre injuste : Je
refuse la résignation face à l’hégémonie économique et militaire. Le
chiisme n'est pas une théologie de la passivité, mais une philosophie de
la responsabilité. Il offre une culture politique de la contestation,
héritée du sacrifice de l'Imam Husayn à Karbala, qui refuse de courber
l'échine devant les tyrans, qu'ils portent des couronnes ou des uniformes.
- Je
m'inscris dans un projet de renouveau civilisationnel :
Face à l’affaiblissement moral et politique de nos sociétés, cette
tradition porte en elle les germes d’une introspection critique
indispensable. Elle offre les outils d'une résistance culturelle face à la
décadence d'un matérialisme sans âme d'un côté, et d'un extrémisme
religieux destructeur de l'autre.
C’est en toute liberté, fort de mon parcours, guidé par la
recherche de la vérité historique, par une exigence absolue de justice pour les
peuples d'Iran et du Yémen, et par l'espoir d'un avenir démocratique et
progressiste, que je concrétise aujourd’hui cet acte d’engagement solennel.
Mustapha STAMBOULI, 27/09/2026

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