La faillite intellectuelle, cœur de la crise tunisienne : Pour un réarmement de la pensée réflexive

 Avant d'être monétaire, budgétaire ou économique, la faillite nationale que traverse la Tunisie est une crise profonde de la pensée. Décennie après décennie, les réformes éducatives successives ont progressivement marginalisé le doute méthodique, la culture générale et l'analyse conceptuelle au profit d'un apprentissage mécanique, du mimétisme et d'un utilitarisme immédiat.  En reléguant les humanités au second plan, l'école publique a cessé d'être le creuset du libre examen. Cette déshérence ne s'arrête d'ailleurs pas aux portes de l'institution scolaire : elle est amplifiée par l'effondrement des espaces culturels de proximité ,  maisons de jeunes, ciné-clubs ou bibliothèques,  et par l'immédiateté des réseaux sociaux qui privilégient le dogme et la réaction à chaud sur la réflexion argumentée. C'est ainsi que toute une génération se retrouve privée des clés de compréhension de sa propre complexité historique et sociale, créant un vide identitaire et citoyen particulièrement perméable aux discours populistes.

Pourtant, cette résignation n'a rien de fatal. La Tunisie possède un riche héritage de réforme intellectuelle et d'érudition, illustré au fil des siècles par des figures majeures comme Ibn Khaldoun et les bâtisseurs de la modernité tunisienne, qu'il nous appartient désormais de réinventer. Pour enrayer ce déclin et rebâtir un projet de société cohérent, le redressement national exige un véritable réarmement de la pensée. Cela implique de restaurer la place des humanités et d'introduire la philosophie dès le plus jeune âge, notamment par des ateliers de discussion à visée philosophique au collège pour habituer les élèves au débat argumenté et au questionnement des certitudes. Une telle démarche doit s'accompagner d'une transformation profonde de nos pédagogies, en formant les enseignants à privilégier l'esprit critique et la problématisation plutôt que la transmission passive de connaissances.

Il convient également d'abattre les cloisonnements artificiels entre les disciplines afin d'assurer une réelle interdisciplinarité, garantissant que nos futurs scientifiques, ingénieurs et économistes soient également dotés d'une solide conscience éthique, historique et politique. Enfin, cette dynamique éducative ne portera ses fruits que si elle s'appuie sur un réinvestissement massif de la culture publique locale, capable de faire renaître des lieux d'échange et de lecture au cœur de nos cités. Réhabiliter la pensée réflexive comme pilier de l'instruction publique n'est ni un luxe théorique ni un simple supplément d'âme : c'est une urgence stratégique et l'unique garante d'une résilience durable face aux crises multidimensionnelles qui secouent la nation.

Mustapha STAMBOULI, 28/09/2026

 

 

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