La faillite intellectuelle, cœur de la crise tunisienne : Pour un réarmement de la pensée réflexive
Pourtant, cette résignation n'a rien de fatal. La Tunisie
possède un riche héritage de réforme intellectuelle et d'érudition, illustré au
fil des siècles par des figures majeures comme Ibn Khaldoun et les bâtisseurs
de la modernité tunisienne, qu'il nous appartient désormais de réinventer. Pour
enrayer ce déclin et rebâtir un projet de société cohérent, le redressement
national exige un véritable réarmement de la pensée. Cela implique de restaurer
la place des humanités et d'introduire la philosophie dès le plus jeune âge,
notamment par des ateliers de discussion à visée philosophique au collège pour
habituer les élèves au débat argumenté et au questionnement des certitudes. Une
telle démarche doit s'accompagner d'une transformation profonde de nos pédagogies,
en formant les enseignants à privilégier l'esprit critique et la
problématisation plutôt que la transmission passive de connaissances.
Il convient également d'abattre les cloisonnements
artificiels entre les disciplines afin d'assurer une réelle
interdisciplinarité, garantissant que nos futurs scientifiques, ingénieurs et
économistes soient également dotés d'une solide conscience éthique, historique
et politique. Enfin, cette dynamique éducative ne portera ses fruits que si
elle s'appuie sur un réinvestissement massif de la culture publique locale,
capable de faire renaître des lieux d'échange et de lecture au cœur de nos
cités. Réhabiliter la pensée réflexive comme pilier de l'instruction publique
n'est ni un luxe théorique ni un simple supplément d'âme : c'est une urgence
stratégique et l'unique garante d'une résilience durable face aux crises
multidimensionnelles qui secouent la nation.
Mustapha STAMBOULI, 28/09/2026

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